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La Réforme à Locarno et le courage de Barbara Muralta

Exulantes
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Favorisée par certains abus au sein de l’Église catholique, cette grande mouvance spirituelle à laquelle Zwingli à Zurich et Calvin à Genève avaient donné son essor trouva également un écho dans la Locarno transalpine. Le Tessinois Giovanni Beccaria devint le fondateur d’une petite communauté évangélique à laquelle adhérèrent, aux côtés de bourgeois et de paysans, plusieurs Capitanei. Durant près de huit années, cette communauté évangélique demeura sans être inquiétée, bien qu’elle fût une épine dans le pied de l’évêque de Côme ainsi que du nonce apostolique à Milan. Cette situation fut due à l’heureuse circonstance que le bailli glaronnais Joachim Bäldi se montrait favorable à la doctrine prêchée. Son successeur, le Nidwaldien Niklaus Wirz, était en revanche un catholique fervent.

Avec l’attitude provocatrice des Évangéliques — comme on les appelait — qui non seulement quittaient ostensiblement la messe, mais refusaient également la confession et le jeûne, la situation devint de plus en plus critique. Dans les négociations et tensions qui suivirent entre les cantons catholiques et les villes évangéliques — parmi lesquelles Bâle, Berne et Schaffhouse ne souhaitaient pas aller jusqu’à la rupture — Zurich se retrouva finalement isolée. Les partisans de la nouvelle doctrine n’eurent dès lors d’autre choix que de revenir à la foi catholique ancestrale ou de prendre le chemin de l’exil. On ne laissa toutefois pas partir volontiers les Évangéliques de Locarno ; car parmi eux se trouvaient, outre quelques érudits, plusieurs commerçants, boutiquiers et négociants habiles et estimés. L’Église elle-même ne demeura nullement indifférente à cet exode. Le nonce apostolique fit tout ce qui était en son pouvoir pour dépeindre aux apostats les conséquences de leur changement de foi sous les couleurs les plus sombres, et plusieurs Évangéliques se laissèrent convaincre de revenir dans le giron protecteur de l’Église catholique.

Certaines femmes se montrèrent plus fermes que bien des hommes et durent s’estimer heureuses d’en réchapper sans dommage. Parmi elles figurait Barbara Muralta, épouse du chirurgien Johannes de Muralto, qui se distingua par son attitude courageuse face au légat pontifical Ottaviano Riverta, évêque de Terracina. Une brève note administrative relative à cet incident fut plus tard — vraisemblablement au début du XVIIe siècle — développée en une jolie légende que même le critique historien Ferdinand Meyer reprit dans son Histoire de la communauté évangélique de Locarno.

« Je reconnais que l’Évangile, les Épîtres, la foi chrétienne, ainsi que la prière du Seigneur, sont bonnes », fait-il dire à Barbara. « Mais sous l’apparence du bien, vous introduisez ce qui n’est point bon, mais contraire à Dieu. Vous introduisez l’idolâtrie lorsque vous affirmez que nous devons adorer notre Seigneur Jésus-Christ avec sa chair et son sang dans l’hostie, alors que la vérité enseigne le contraire, à savoir que nous devons adorer le Christ uniquement en esprit et en vérité. Si seulement vous saviez comment vous traitez les hommes ! Exactement comme un grand seigneur qui voudrait empoisonner un autre seigneur afin de lui ravir son royaume. Pour ce faire, il prend les meilleurs mets et y mêle le poison. Ainsi faites-vous ; dans la bonne nourriture de l’Évangile, des Épîtres, de la foi chrétienne et de la prière de notre Seigneur, vous mêlez le poison de l’idolâtrie (…) »

Il est probable qu’à la suite de cela Barbara Muralta fut poursuivie en justice et qu’un mandat d’arrêt fut même lancé contre elle. D’après les récits transmis, Barbara aurait obtenu un bref sursis avant de parvenir à s’enfuir, avec l’aide de son mari, par une issue secrète.

Au cours de la Réforme, une partie des Capitanei se convertit à la nouvelle foi. Lors de la Contre-Réforme, une partie d’entre eux resta toutefois fidèle aux idées réformées. À la suite de violents affrontements entre Barbara Muralt et l’envoyé épiscopal, un groupe de Capitanei quitta le Tessin et traversa le Gothard pour se rendre à Zurich, où 22 Muralt arrivèrent en 1555.

 

Ce texte a été traduit par: Robert von Muralt (1972-)

Expériences et histoires familiales de la famille von Muralt

Ce texte a été rédigé par :

Bernard von Muralt

(1943–)

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