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Réflexions sur le rôle de la noblesse au XXIe siècle

Je tiens à souligner avec force que les propos qui suivent – encore plus que ceux qui précèdent – ne reflètent que ma vision personnelle des choses. Je ne me fais pas d’illusions: en dehors de mon entourage le plus proche, mes propos ne rencontreront sans doute que peu de compréhension.

La noblesse aujourd’hui : un anachronisme ?!

C’est sous ce titre provocateur que j’ai, il y a quelques années, exposé devant un groupe de collaborateurs impatients l’héritage historique de notre famille, les tâches découlant de cet engagement et les domaines d’application accessibles à chacun. Les rides profondes sur le front, les cils tremblants et les coins de la bouche tombants laissaient présager un raclement de gorge discret de la part de l’auditoire. Pourtant, les oreilles étaient dressées et l’intérêt éveillé. – Certes, en cette fin de siècle marquée par l’égalité sociale, cela doit paraître étrange, étrangement réactionnaire et provocateur quand quelqu’un vient nous parler d’engagements découlant d’un sens des responsabilités issu de l’histoire.

Comment expliquer ce sentiment du devoir? Le fait est que nous devons beaucoup à nos ancêtres. Ils ont été pour nous, à bien des égards, un modèle; la plupart d’entre eux ont porté leur nom de famille avec fierté et sens du devoir, et ont souvent dû se battre pour en obtenir la reconnaissance – au sens le plus large du terme – au sein de la société. Ils ne nous ont pas seulement légué des biens matériels, mais aussi – et je veux surtout dire cela! – des valeurs morales que nous ne devons pas rejeter à la légère. Parmi celles-ci figurent – en particulier pour nous, descendants des réfugiés religieux de la Contre-Réforme – la reconnaissance de la foi chrétienne, dont découle finalement notre tradition familiale; l’engagement et les efforts pour mener une vie honorable; la volonté d’assumer des responsabilités au sein de la société en accomplissant certaines tâches; et une attitude loyale envers notre État. En fin de compte, nous devons transmettre l’héritage historique qui nous a été légué afin d’assurer sa pérennité. Pour mettre en œuvre ces obligations, notre propre exemple en tant que modèle et l’éducation jouent un rôle prépondérant. Dans la dure lutte pour la survie, dans un environnement politique et social en mutation rapide, les parents sont particulièrement sollicités.

Au sein même de ma propre famille, je suis conscient que cette vision des choses est loin d’être partagée par tout le monde. Tout le monde n’a pas le privilège d’avoir reçu une éducation aussi attachée aux traditions que celle qui m’a été donnée. Certains rejettent catégoriquement toute référence moderne à l’histoire familiale, avec cette attitude:

Mais à quoi ça sert tout ça, de nos jours? Ce n’est que de la plaisanterie et de l’arrogance!

Il m’arrive parfois de penser que le fait de porter le nom de «von Muralt» peut même constituer un obstacle pour certains. En effet, le lien entre le contexte social actuel et le passé chargé d’histoire de la famille suscite souvent des attentes auxquelles tout le monde ne peut ou ne veut pas répondre.

On a beau tourner la question de la responsabilité et du devoir dans tous les sens: on ne peut ni nier ni changer nos origines. Issue de la noblesse ancestrale lombarde, du patriciat ainsi que de la capacité régimentaire de l’État de Zurich et de la République du canton de Berne, notre lignée est elle aussi tenue, par la tradition d’un héritage historique, à un mode de vie qui dépasse ce qui est «commercialement viable» et auquel nous ne pouvons nous soustraire. Cela n’a rien à voir avec l’arrogance ou le snobisme; c’est le courage d’assumer notre identité: «La noblesse oblige». C’est à l’aune de ce principe que nous sommes jugés; la barre est placée plus haut pour nous. De l’école au service militaire, jusqu’à la vie professionnelle, on attend davantage de nous et on nous en demande davantage.

Des privilèges d’autrefois, il ne reste que l’obligation, par gratitude et par reconnaissance, de relever de manière exemplaire et sans prétendre au succès les défis d’une société moderne peu bienveillante, fidèle à la devise:

Je fais ce que je veux – mais je veux ce que je dois.

 

Ce texte a été traduit par: Robert von Muralt (1972-)

Ce texte a été rédigé par :

Bernard von Muralt

(1943–)

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